Joshua Hoffine et la peur du noir.

Joshua Hoffine est un photographe américain travaillant sur la peur, la grande, la vraie, celle des enfants qui se noie plus tard dans d’autres cauchemars – d’autres angoisses, moins violents car ouatés par la conscience du réel et de sa raison logique. La peur de la mort, bien sûr, que les enfants personnifient par la vision du monstre, toujours caché – jamais avoué – prêt à enlever la nuit, torture, dévorer au pire.

Il exulte et mets en scène ainsi les craintes restées, refoulées par le bon sens mais jamais vraiment annihilées. Un exutoire, en forme de mises en scène horrifiques, démarche et méthodes proches de celles du cinéma de genre : maquillage outrancier, exagération des tailles et plans en plongée de victimes virginales, pures et innocentes. En mettant en scène ses propres filles, il pousse l’épouvante jusqu’à l’épuisement. Son œuvre a donc quelque chose de cathartique, bien loin de l’horreur pour l’horreur, du sang pour le sang.

Le Monstre a plusieurs définitions, celle-ci en est une, la nôtre en est une autre. Elles ont pourtant toutes quelque chose en commun : la nécessité d’une société à cristalliser ses craintes dans des entités formelles, avec des limites définies de chair et d’esprit pour éviter qu’elles ne se propagent dans l’impossible de l’immatérialité.

 

Son site internet : http://www.joshuahoffine.com/

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Vous vous jouerez dehors, comme les enfants du Nord…

 

 

 

 

C’est une histoire drôle, un peu fantasque. C’est une histoire à laquelle nous n’arrivons pas à croire nous-même.

 

Le 5 janvier 2012, une idée était née. Elle était faite un peu de nous, beaucoup d’un autre – de ceux qui veulent que les choses se fassent – et puis d’un peu aussi de tous les autres autour.
Depuis – puisqu’une idée n’est qu’une idée – nous ne l’avons pas lâchée, nous l’avons décortiquée, martyrisée, enjolivée, préparée, réparée, rendue réelle surtout. A force de se croiser aux heures où nous aurions pu faire la fête, à force d’ouvrir quelques bouteilles de vin et de partager quelques repas, à force d’essayer de convaincre que ça marcherait, que nous avions quelque chose entre les mains, que nous en rêvions, nous avons fini par y croire.

Alors, nous l’avons pour de vrai proposée.
Notre idée.

Et le quelqu’un en face de nous a eu envie de faire partie de l’aventure – soyons honnête – de la faire exister. Alors, voilà, cette idée, pour de vrai, va exister. Il paraît.
C’est une sensation assez étrange, mais c’est une histoire jolie.
Du coup, on va essayer de la peaufiner, de l’attiser, de la créer, pour de vrai.
Notre Revue.

On vous dit rendez-vous en octobre en librairie où, nous l’espérons, vous serez nombreux.
Nous n’avons rien de plus à vendre qu’un bout de notre âme.

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Ce chant devrait être terriblement long, débile et salvateur, et reconnaissable à son acharnement.

Pierre Terzian est un jeune écrivain-metteur en scène. Il a publié son premier roman en janvier 2012 chez Quidam : Crevasse. Un roman d’une beauté monstrueuse, effarante, qui abîme, qui fait l’effet du lecteur lui-même tombé dans une crevasse, cette Crevasse. Quand il n’écrit pas, il fait du théâtre : le joue, le met en scène, le transmet.
Le Chant du monstre l’a rencontré en janvier, et Pierre Terzian fut le premier à embarquer avec nous dans cette aventure. Il nous fait en plus le plaisir de répondre à l’éternelle question :

Au XXIe siècle, que doit être le Chant du monstre ?

Ce chant devrait être le cri d’un régiment de petites et grandes gueules venues d’ailleurs. L’amalgame improbable des voix égarées, celles qui n’ont pas d’oreille où tomber, qui sortent incandescentes des gorges tordues et font des vrilles inutiles dans le ciel avant de s’éteindre. Il devrait être d’une tessiture surnaturelle, effrayante, plus large que les certitudes des hommes. Et surgir à tout moment pour nous prendre par surprise dès que nous cherchons à reconstituer le paysage sonore d’une vie sans monstre. Parcourir la ville, comme le signe de ralliement des zombies, inaudible et aveuglant, et nous figer en pleine rue, puis nous guider lentement vers un territoire secret, une communauté patiente, qui vit dans l’ombre, les bras ouverts, la langue pendue. Nous entourer d’une foule fantôme, indomptable, anonyme et désintéressée. Nous offrir des âmes sœurs inespérées, des compagnons d’heures vides, qui nous incitent à chanter à notre tour. Nous mettre en appétit, comme la rumeur d’un festin à venir. Et nous aider à nous tenir droit lorsque nous sommes seuls, impatients et revanchards. Nous faire avancer, illuminés, tremblants de joie, potentiellement agiles comme des animaux de nuit. Être comme l’empreinte lumineuse de Batman et flotter dans le ciel noir. Comme un grand frère qui dit « t’inquiète pas, je vais lui péter la gueule ».
Ce chant devrait être terriblement long, débile et salvateur, et reconnaissable à son acharnement. Imprévisible comme une nouvelle police. Bizarroïde comme le rot d’un monde enfoui. Douteux comme un pacte de sang. Inacceptable comme une douleur qu’on s’impose.

Pierre Terzian

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La question du sens.

Le Chant du monstre a évidemment quelques totems dans le paysage littéraire français et international. Bernard Noël fait partie de ceux-là, des obsessions de lecture. Tout commence par ce poète aux corps abrupts, découpés, défigurés.
Qui bouleverse le rapport à l’épiderme, qui interroge et fracasse les idées – même construites – sur la langue-organe, le langage donc, et le sens, évidemment.

Quelques mots de lui avaient donc leur place ici, surtout lorsqu’ils causent d’avant-garde, de langue qui va trop vite et de sens.

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Faire chanter le monstre à la force des envies.

© Emilie Alenda

Emilie Alenda est née en 1980 dans le Sud de la France. Après être passée par l’école des Beaux-Arts, elle décide de s’installer au pied du Luberon pour dessiner, coller, croquer, le monde qui l’entoure avec tendresse et poésie.
Le Chant du monstre l’a rencontrée et lui a posé, à elle aussi, la question fatidique, à laquelle elle a répondu avec son trait fin et tout son humour.
Pour le numéro 1 de la revue, elle a imaginé, avec son compagnon Thomas Vinau, un poème visuel que nous serons très fiers de vous faire découvrir très bientôt.

En attendant, vous pouvez aller vous balader sur son blog.

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Le temps d’un week-end, la Tarzizanie.

C’est l’Objet Littéraire Non Identifié phénomène du moment, En Tarzizanie d’Orion Scohy qui vient de paraître aux éditions P.O.L est l’histoire d’un avatar de Tarzan non conventionnel et qui défie donc les lois instaurées par Burroughs autour de son personnage culte.

La grande jouissance ne dépend pas seulement de cette transgression mais surtout de l’expérimentation que l’auteur fait autour de la typographie, jouant avec ses lettres et ses phrases. “Évidemment c’est n’importe quoi, mais au moins l’auteur a essayé de réinventer quelque chose en jouant avec l’écriture” écrit Frédéric Beigbéder dans le Figaro Magazine.
Oui, c’est n’importe quoi, c’est fou, furieux, bordélique, exuberant, insolent, loin du sens commun.
Mais c’est un ouvrage important, parce qu’il dit que cette littérature peut exister, encore, déjà, enfin.

P.O.L qui nous surprend encore, en permettant à ce genre de folie d’exister. Ironique, et borderline, et inventif. Ouf.
Le Chant du monstre et son désir de mélanger les mots comme on fait de la cuisine moléculaire est donc bien de ce siècle. On ne pouvait donc pas s’empêcher de présenter cet ouvrage et vous le conseiller, furieusement.

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Matins monstrueux.

Illustration : Carlo Farneti
édition de 1935 des Fleurs du Mal

Il arrive qu’un matin chantonne le ventre à l’air. Qu’il fredonne une comptine de nuages noirs au dessus des toits. Qu’il devienne un monstre. Il arrive qu’il nous serre très fort dans ses bras avec l’envie tacite de nous faire éclater. Il arrive qu’il chante faux. Qu’il étale sa carcasse le long des ruelles et qu’il gueule sous les fenêtres des insultes de pots d’échappements. Il arrive qu’un matin se transforme en fumée de cigarette. Qu’il se dissolve dans l’air, qu’il ne devienne plus rien agonisant au fond de nos yeux. Qu’il prenne la tangente, emportant tout sur son passage, qu’il prenne les derniers coins de ciel bleu pour son petit-­déjeuner. Il lui arrive de s’étirer, de tout son long, en criant de la brume ou en faisant craquer ses arbres. Il lui arrive de s’endormir à nos pieds, de nous laisser lui marcher dessus, le piétiner, toucher du bout des pieds ses poils verts et ses longues cuisses pavées. Il arrive qu’un matin crache ses poumons en nous regardant mourir. Qu’il s’étouffe en nous coinçant bien au fond de sa gorge. Pourtant même les matins les plus monstrueux méritent de vivre.

Guillaume Siaudeau

Guillaume Siaudeau est né en 1980 et vit à Nantes. Il a publié plusieurs recueils de poésie, le dernier s’intitule Petites histoires pleines d’importance aux Éditions Le Chat qui louche. Il nous a confié ce texte, qui trouve sa place ici.
Son blog : La Méduse et le renard.

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Heureux le monstre, naïf autant qu’intransigeant, avec sa gueule hébétée de monstre jamais beau quoi qu’il fasse, en défi à toutes les modes et à tous les courants…

Diplômée en dramaturgie de l’École Supérieure d’Art Dramatique du Théâtre National de Strasbourg, Mariette Navarro partage son activité professionnelle entre l’écriture et le travail dramaturgique dans différentes structures en lien avec l’écriture théâtrale contemporaine.
En 2011, elle a publié trois textes de création théâtrale qui oublient leur forme pour se révolutionner : Alors Carcasse (qui a reçu cette année le prix Robert Walser), Nous les vagues, et Célébrations.
Elle a répondu à la question posée par le Chant du monstre, avec ses mots, sa voix.

Au XXIe siècle, que doit-être le chant du monstre ?

Heureux le monstre, s’il arrive à chanter, à faire entendre sa voix. Quand les siècles se sont occupés à faire garder aux monstres la bouche close, clic-clac, camisole le monstre, et auto-régulation des mots-monstres, des pensées-bestioles. Petit cachet pour dormir, gentil monstre.

Heureux le monstre, s’il gueule, s’il rote, s’il rit et jouit. S’il a un corps plein et bien bouillant derrière sa gueule ouverte. Une terre mouvante après l’orée de la caverne.

Heureux le monstre aussi, si respectueusement laissé à sa timidité il chantonne parfois en sourdine pour qui passe par là, s’il ne démontre rien, s’il se retire tranquillement dans des territoires de pensée bonhomme.

Heureux le monstre s’il invente sa langue et son argot, s’il s’esclaffe en poésie et sanglote en flèches de sens. Heureux s’il touche juste même quand il joue, enfant de chance inouïe et condensateur d’humanité.

(Mais glou-gloute aussi, monstre, fais du tam-tam avec tes organes, tire profit de ton crâne le jour où il est creux, pour être gong et grand gosier, baffre-toi monstre, de ce qui passe et avale tout cru, nous ne t’en aimerons que plus, de laisser à prudente distance rebutés les purs esprits qui font, croient-ils, la pluie et le beau temps de la littérature.)

Heureux le monstre, s’il décuple parfois ses forces en apprenant la polyphonie. Heureux le monstre à plusieurs têtes, à plusieurs cultures, à plusieurs sensibilités, pour défricher plus large, exister plus grand.

Heureux le monstre, naïf autant qu’intransigeant, avec sa gueule hébétée de monstre jamais beau quoi qu’il fasse, en défi à toutes les modes et à tous les courants, chien fou à s’ébrouer à la gueule des époques, heureux le monstre indépendant et tirant toujours le chant-cri du côté de l’inexploré, inventant par hasard quelque mythologie nouvelle.

 Mariette Navarro

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“Le monstre a toujours faim.”

Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse. Il habite au pied du Luberon.
Il est entre autres supporter des poussières, militant du minuscule, anomaliste, brautiganiste et etc-iste… Et c’est lui qui le dit.
Il est aussi l’auteur de nombreux recueils de poésie dont le Trou aux éditions du Cygne, Hopper City aux éditions Nuit myrtide et Tenir tête à l’orage aux éditions N&B. Son premier roman est paru à la rentrée 2011 chez Alma sous le titre Nos cheveux blanchiront avec nos yeux.
Il supporte le Chant du monstre presque depuis le début, et sera publié dans le premier numéro, mais on ne vous en dit pas plus.

Il a écrit le monstre.

Le monstre pleure mais on croit qu’il chante.
Le monstre hurle mais on croit qu’il chante.
Le monstre mange la douleur.
Le monstre digère la douleur.
Le monstre chie la douleur.
Sa merde brille.
Comme brillent la vérité et le mensonge.

Le monstre ne tourne pas rond.
Le monstre chavire.
Le monstre trébuche.
Le monstre danse.
Le monstre se lèche les plaies.
Le monstre se moque du monstre.

Car le monstre est le frère du monstre.
Car le monde est le frère du monstre.

Le monstre a toujours faim.

Thomas Vinau

Ce qu’il faut détruire
de chaque matin
de chaque sourire
pour reprendre
son souffle

Le nouveau livre de Thomas Vinau, Les Derniers seront les derniers est publié aux éditions du Pédalo ivre dans la collection Poésie.

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Des jeux d’enfants déjoués.

Jérôme Zonder dessine depuis 2000. Il privilégie dans ses dessins la mine de plomb et le grand format. Il dessine sur de grands rouleaux de 2 mètres de larges, qu’il découpe au fur et à mesure.
Première période: plans rapprochés sur le corps, autoportraits, abstraction.

En 2009 il commence la série Jeux d’enfants: figures d’enfants toujours représentées dans des scènes d’extrême violence (meutres, tortures,
bagarres, sexe, etc). A travers cette figure de l’enfant, il fait se rencontrer l’histoire et la grande Histoire, l’intime et les maux de la société.
Elle est aussi une allégorie de notre époque, infantilisée à l’excès.

Il ne représente pas des formes existantes de violence: ses images présentent divers niveaux de filtres, d’imaginaires. Même si son inspiration puise dans le réel: faits divers, films porno et gore, discours d’Hitler, archives des camps… Son but est de créer des constructions
narratives. Le noir et blanc est utilisé pour créer une distance et laisser au spectateur le temps de la réflexion.

Dans les scènes de violence qu’il dessine, les personnages ont souvent le visage caché, soit parce qu’ils portent un masque, soit parce qu’il sont vus de dos. Le but est de susciter à la fois l’attraction et la mise à distance.

Quand il créer une exposition il essaie de faire une oeuvre d’art totale en dépliant toutes «les échelles de représentation et toutes les amplitudes de sensations possibles».

Il a également créé des objets en 3 dimensions (jouets en plastique recouverts de mine de plomb, un tableau d’armes confectionnées en carton).
Ces objets sont une manière de ramener le spectateur dans le réel avec ce qui a tué les enfants dans le récit, et de brouiller encore un peu plus la frontière entre réel et artifice.

A l’avenir, il aimerait travailler davantage dans le noir, avec des situations tellement ombrées que l’on ne distingue quasiment plus rien.
«Jusqu’à présent, j’ai toujours eu tendance à travailler des espaces saturés. Qu’est-ce que je pourrais faire ressentir avec des espaces vides? C’est une question très excitante!»

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